Oct 7, 2016

Initiation à la calligraphie japonaise


Gauchère, je n'avais pas encore osé essayer la calligraphie, et encore moins la calligraphie japonaise. On m'a souvent dit que le fait d'être gaucher est un obstacle pour ce genre de discipline millimétrée et je veux bien le croire ! Déjà, en japonais actuel, je suis obligée de penser à tracer mes traits de kanji de la gauche vers la droite quand le naturel voudrait que je les trace de la droite vers la gauche. Mais les points d'inflexion du stylo sont importants et se remarquent très vite dans cette langue. Alors que dire de l'extrême précision nécessaire avec un pinceau et de l'encre de chine ?

C'est à la librairie japonaise Junku que j'ai pu faire une initiation à la calligraphie, sous l’œil avisé de la calligraphe Miki Umeda-Kubo. Je vous avais déjà parlé des ateliers organisés là-bas, puisque j'avais participé à celui sur la création de tenkoku (sceau traditionnel en pierre), également dirigé par Miki sensei. J'avais tellement aimé ce premier atelier que j'ai guetté farouchement les suivants !

Comme pour le tenkoku, j'ai essayé la calligraphie avec Camille (des carnets de Camille, souvenez-vous!) qui a d'ailleurs partagé son expérience sur son blog. Le principe d'inscription est le même que pour l'atelier des sceaux en pierre : en réservant il faut penser à donner un mot ou un kanji que l'on affectionne particulièrement. Ainsi, la calligraphe s'occupe de préparer des modèles avec différents styles de calligraphie avant le cours.

Quatre styles sont proposés et nous sommes libres de tous les essayer ou d'en cibler certains pour s’entraîner.

  •  Le style tensho est le style primitif, ressemblant beaucoup à des dessins. Les kanji ont quelque chose du hiéroglyphe. C'est le style communément utilisé pour le sceau en pierre par exemple, mais je ne l'affectionne pas spécialement. Je ne l'ai donc pas choisi.
  • Le style gyôsho est ancien. Très souple, les kanji ne sont pas faciles à lire mais l'encre de chine semble glisser sur le papier grâce au pinceau. Je le trouve vraiment joli alors je l'ai choisi.
  • Le style kaisho est classique. Les kanji sont lisibles et gardent leurs angles affûtés. C'est certainement le style le plus facile à appréhender. Très commun, je l'aime moins que le gyôsho. 
  • Les hiragana en style classique. Alors là j'adore ! Encore plus illisibles que les kanji en style gyôsho, ils semblent vraiment liquides. Ils m'évoquent le courant d'une rivière le long de laquelle on ferait un concours de haïku. Je l'ai donc choisi aussi. 

L'atelier dure 2 heures et sur les 15 dernières minutes, la calligraphe nous propose d'immortaliser notre travail sur une plaquette traditionnelle en carton, encadré d'un liséré doré, Je ne sais d'ailleurs pas comment cela s'appelle (anyone ?). Le mieux est donc de faire quelques essais dans les styles que l'on apprécie mais de vraiment bien en travailler un. Chaque modèle montre parfaitement bien le tracé qu'il faut réussir à reproduire, et le cheminement du pinceau est détaillé au crayon à papier. Dans le style kaisho, l'ordre des traits est également indiqué. 

 Pour cet atelier, j'ai choisi le mot Tsukumogami (つくもがみ, 付喪神). Il s'agit de yôkai (créatures du folklore japonais), et plus précisément d'objets du quotidien qui, passé l'âge de 100 ans, prennent vie. S'ils ont été correctement traités par le propriétaire ils sont inoffensifs. Mais s'ils ont été négligés, ils deviennent mauvais. Avec mon grand saut dans la céramique, c'est une créature qui me plait terriblement ! J'aime avoir l'idée fantasque de créer des pièces du quotidien qui pourraient prendre vie à leur centième anniversaire...



Alors que fait-on pendant ces 2 heures ? 
Eh bien, on recommence, encore et encore ! Mais chaque essai est différent. Certaines choses sont importantes en calligraphie : tenir le pinceau à la verticale, respecter le rythme du mouvement et des arrêts du pinceau - un peu comme une respiration tranquille et maîtrisée - mais aussi avoir le dos droit. Croyez-moi, penser à tout en même temps n'est pas une mince affaire. Alors que sur un tracé on arrive à penser au pinceau, on oublie le rythme, puis au suivant c'est le dos qui se voûte, ou le cheminement du tracé qui est oublié. Cela reste tout de même une affaire de patience, et un exercice d'acceptation de l'échec plutôt idéale (j'adore ça). Mais lorsqu'on arrive à faire quelque chose d'à peu près ressemblant, on est heureux ! Miki sensei nous donne des conseils, manie le pinceau directement avec nous pour que l'on sente le rythme dans notre corps (le tandem gauchère/droitière était un peu compliqué pour ma part mais s'est quand même avéré précieux) et nous aide à choisir la calligraphie qu'elle semble la plus réussie dans nos nombreux essais.

Sur le dernier quart d'heure, le stress monte lorsqu'il faut passer à la plaquette ! On n'a pas le droit à l'erreur, c'est un peu le sacrement de 2 heures de patience acharnée. Pour cette apothéose, j'ai choisi les hiragana... Et je me suis trompée sur le dernier trait ! J'ai fait la boucle du み dans le mauvais sens... Je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'avais pas fait cette erreur de toute la séance ! Miki sensei est encourageante, elle nous a tous félicités malgré les erreurs et les approximations.

Je devais ramener mon sceau pour signer la calligraphie finale mais, bêtement, je l'ai oublié à l'atelier. J'ai donc dû attendre de rentrer à la maison pour apposer mon sceau sur la plaquette.


Vous l'aurez compris, je vous recommande chaudement ces ateliers mais je ne sais pas s'ils seront réorganisés. Pour cela, il ne faut surtout pas hésiter à demander au personnel de Junku d'en refaire ! Plus il y a de demandes, plus il y aura de chances. Vous avez été assez nombreux à me demander plus de détails sur l'atelier du tenkoku et s'ils allaient en refaire. Continuez ! Je n'hésite pas à faire passer vos retours quand je vais à la librairie.

Librairie Junku
18 rue des pyramides 75001 Paris
Métro : pyramides
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 20h

Pour vous tenir au courant des ateliers organisés par la librairie Junku, je vous recommande de suivre leur page Facebook. Tous les événements y sont partagés.

L'atelier a coûté 23€ et comprenait l'utilisation d'un grand nombre de feuille, le prêt de pinceaux, la consommation (parfois importante) d'encre ainsi que la plaquette finale.

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3 comments:

  1. J'avais hésité en me disant que j'allais galérer à recopier un kanji parce que je n'écris pas du tout le japonais. C'est possible selon toi ? On passe un bon moment quand meme quand on a aucune notion de cette langue ?

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    1. Il y avait une personne à ma table qui ne semblait pas très à l'aise avec l'écriture japonaise. Ca n'a pas été facile mais elle semble avoir pris beaucoup de bon temps ! Je pense que c'est jouable, et puis il ne faut pas hésiter à demander à la prof en cas de besoin. :)

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  2. Ah bah je viens de passer par chez Camille :)
    J'aimerais vraiment essayer ce genre d'atelier. Encore un parmi tant d'autre :D

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