Jul 12, 2016

Graver son propre sceau japonais en pierre


Le sceau est quelque chose d'indispensable au Japon, ne serait-ce que pour pouvoir signer ses papiers administratifs. Le sceau personnel est le plus répandu (hanko 判子 ou inkan 印鑑) mais il s'agit ici du sceau en pierre traditionnel gravé (tenkoku 篆刻) souvent utilisé pour signer une calligraphie ou une oeuvre artistique. C'est ce dernier que j'ai appris à réaliser lors d'un atelier organisé par la librairie japonaise Junku et animé par la calligraphe Miki Umeda-Kubo.

C'est une amie qui m'a conseillé l'atelier après l'avoir testé. Par chance il y a eu une autre session organisée après qu'elle m'en ait parlé ! Je m'y suis inscrite avec Camille du blog Les carnets de Camille, le 8 Juillet dernier.
Camille, c'est une fille formidable et passionnée de culture traditionnelle japonaise que j'ai rencontrée pour la première fois en allant tester l'Umami matcha café. Vous n'avez pas fini d'entendre parler d'elle sur le blog car nous avons beaucoup de projets ensemble. Rien que la semaine prochaine, nous allons faire une initiation à la cérémonie du thé. Ce sera la première fois pour moi et je meurs d'impatience ! Ouiiii !

Revenons à nos petits moutons.
L'atelier dure 2 heures et pour celui-ci il fallait choisir un kanji à graver au moment de réserver par téléphone. Comme je ne fais rien comme tout le monde, j'ai demandé à graver l'hiragana Yu (ゆ) qui a une importance immense pour moi : mon prénom difficilement prononçable en japonais s'est souvent transformé en Yujeni (ユジェニ) puis en Yuyu (ユユ), mais je n'aime pas spécialement l'aspect abrupt des katakana, je préfère l'écrire en hiragana (ゆゆ). C'est également le premier tatouage que je me suis fait, symbole des onsen dont je me fermais la porte en franchissant le pas de l'encre sous la peau, choix difficile qui m'a beaucoup fait réfléchir au départ. Et puis il y a eu ce blog, Cocoyuyu, reprenant encore et encore ce fidèle petit ゆ ! Cet hiragana tout simple est devenu ma signature et une partie forte de mon identité.


La calligraphe a préparé en amont une série de graphies différentes pour les symboles que nous avions demandé par téléphone. Si rien n'a été spécifié avant le jour de l'atelier, elle se réserve le droit d'en choisir un en relation avec notre prénom. C'est ce qui est arrivé à Camille qui a reçu le Ka (華 signifiant fleur je crois). Une attention délicate, même si finalement Camille aurait préféré choisir elle-même. Il est toujours possible d'embêter la calligraphe pour qu'elle fasse une nouvelle proposition en début d'atelier, mais nous n'avons pas osé l'embêter.
Pour ma part, j'ai choisi l'avant-dernière graphie proposée sur le petit papier, ronde et assumée.


Le procédé, à l'exception de la calligraphie, est assez simple.
Il faut tout d'abord poncer l'extrémité de la pierre qui sera gravée pour bien la lisser. On place ensuite le sceau dans l'étau en bois pour bien l'immobiliser et peindre l'extrémité poncée avec une encre rouge orangée très vive qui permet de bien mettre en valeur le tracé du symbole à venir.
On peut ensuite décalquer avec du papier carbone ou tracer à la main (en miroir) le kanji choisi. Certaines personnes de l'atelier ont eu le courage de le tracer à la main, j'ai préféré le décalquer !


Le résultat en miroir était un peu inquiétant à regarder. Il m'était difficile de savoir ce que valait mon tracé, mes repères étaient un peu chamboulés.

Une fois le tracé validé par la calligraphe, il faut commencer à graver ! J'ai un peu appréhendé le travail en courbes, mais j'ai été surprise de la facilité avec laquelle, la pierre se laisse entailler, que ce soit en ligne droite ou en arrondi. Il ne m'a pas fallu longtemps pour me laisser porter par la minutie du travail manuel. Décidément j'adore ça ! Je ne vois pas le temps défilé, ma tête  est focalisée sur ce que mes mains font, sans pour autant être tendue. J'ai beaucoup de mal dans mon quotidien à fixer ma concentration. Il n'y a que dans les arts manuels que j'arrive à me recentrer. Cet atelier était un de ces moments-là.


Vient le moment intimidant de l'essai du sceau ! On l'ôte de l'étau, on le tamponne dans l'encre rouge et on l'applique avec force sur le papier. Il ne faut surtout pas hésiter à mettre du poids sur l'appui, sinon la marque ne sera pas uniforme du tout.
Le premier essai révèle un tracé trop fin et un peu timide (image ci-dessous) mais déjà prometteur. Au crayon, la calligraphe met en valeur les endroits du trait qui méritent d'être épaissis.


C'est reparti pour un tour, on replace le sceau dans l'étau et on reprend la gravure.
C'est un peu le moment où le feeling entre en jeu. Une des personnes de l'atelier n'a cessé d'épaissir son tracé et semblait de plus en plus déçue à chaque essai alors que sa réalisation était très jolie (et écrite à main levée en plus). D'ailleurs, et c'est la bonne surprise de cet atelier, tous les sceaux étaient beaux ! Chacun avait ses particularités, que ce soit des kanjis à la graphie très ancienne, ou d'autres contenant énormément de traits, mais tous étaient très réussis !

Voici le résultat final après épaississement du trait.


J'ai adoré faire cet atelier. Je suis repartie avec un sceau qui me convient totalement et avec la "fierté" de l'avoir fabriqué moi-même ! Nous n'étions pas très nombreux et les gens autour de la table semblaient vraiment passionnés par le Japon traditionnel. Il y avait également une vieille dame, épouse d'un japonais, absolument géniale ! Elle était incollable sur le Japon, parlait en japonais avec la calligraphe et rayonnait de joie et d'humour.

J'aimerais beaucoup, maintenant que je connais le procédé, essayer d'en tailler d'autres. Notamment en taillant autour du symbole pour le faire ressortir, contrairement à la technique que j'ai apprise ici qui consiste à creuser dans le symbole.

Librairie Junku
18 rue des pyramides 75001 Paris
Métro : pyramides
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 20h

Pour vous tenir au courant des ateliers organisés par la librairie Junku, je vous recommande de suivre leur page Facebook. Tous les événements y sont partagés, et je ne pensais pas qu'ils en proposaient autant !
L'atelier a coûté 28€, le sceau en pierre coûtant à lui tout seul 17€. Il est possible d'acheter l'encre rouge chez Junku mais je ne l'ai pas fait.

Et si vous désirez lire le récit de Camille sur ce même atelier, c'est par ici !

Vous aimerez peut-être

2 comments:

  1. Juste génial. C'est ce genre de moment que j'aime passer. Très chouette article :)

    ReplyDelete
  2. Vraiment intéressant, je me rends compte qu'a Paris vous avez beaucoup de manifestations culturelles et autre ateliers dans ce genre, c'est une chance et tu as bien raison d'en profiter. Ça donne envie d'avoir son sceau aussi ! Tu vas t'en servir pour tes poteries ?

    ReplyDelete

Copyright Eugénie Rossi. Powered by Blogger.
Les photos portant l'estampille du blog ainsi que les textes ne sont pas libres de droit. Merci de me consulter pour toute utilisation.