Oct 3, 2013

Road trip au Pérou 2013 | Flotter sur le lac Titicaca


Je ne vais pas revenir en détails sur toutes les destinations de mon voyage au Pérou, mais seulement sur les plus marquantes. Le lac Titicaca en fait partie, et je vous préviens, cet article est terriblement long ! Avant de commencer la lecture, il faut s'imprégner alors musique d'ambiance maestro !



L'arrivée à Puno, l'une des villes au bord du lac, ne s'est pas fait sans heurts puisqu'il faut monter à 4000m d'altitude en bus. Le trajet dure 6h en partant d'Arequipa, sur des petites routes sinueuses et grimpantes. Avec l'intoxication alimentaire (la seule ! je tiens à le préciser, et dans un resto 4 étoiles en plus...) chopée la veille, je n'en menais vraiment pas large et les évanouissements dus au mal de l'altitude et à mon faible état allaient se succédant. Ca donnait un cachet spécial au voyage, il faut dire ! Je crois qu'un rien un peu "hors routine parisienne" suffisait à m'exciter, alors j'en garde un très bon souvenir... Ah l'aventure !
Il a fallu 2 petites journées pour "bien" endurer la gène occasionnée par l'altitude, et les matés de coca à tous les repas ont bien aidé.


Pour visiter les îles Uros, Amantani et Taquile en plein lac Titicaca, il y a le choix entre 3 agences de voyage répertoriées par le Routard. Il y en a sûrement d'autres, et j'ai cru voir passer des combines un peu moins touristiques sur certains blogs, mais celle que j'ai choisie a bien fait son job. Tout était compris dans le tarif de départ (taxes des différentes îles, transport, guide, 3 repas + nuit dans la famille d'accueil). Je vous recommande donc Titicaca Leon Travel Tour (jr, Ayacucho 148, sont attentifs à endiguer les effets du tourisme peu respectueux).

C'est maintenant que commence l'aventure !


Un petit bus vient nous chercher à l'hôtel et nous emmène au port de Puno avec une petite dizaine d'autres touristes. Les guides nous conseillent alors d'acheter un petit cadeau pour les familles d'accueil comme du riz ou des bonbons parce qu'ils n'en ont pas sur l'île Amantani. Ca sent un peu la comédie, mais comme de toute façon, on m'a toujours appris à ramener quelque chose à une personne qui m'héberge, payée ou non, je ne fais pas de chichis et achète un joli paquet de bonbons. Je me doute toutefois que je ne vais pas surprendre la population avec !

Il est 9h et nous voguons vers les îles Uros, notre première visite. Il est très facile de lier connaissance avec les autres étrangers, et le guide est adorable. 30 minutes de traversée où nous partageons nos interrogations comme "j'éspère que ce ne sera pas trop Disneyland", "j'ai un peu honte de faire le gros touriste comme ça" etc etc... Mais il n'y a pas mille possibilités pour tout visiter en 2 jours, surtout quand on ne parle pas un mot d'espagnol comme moi !


Les îles Uros

Ces îles sont très intrigantes car flottantes ! Elles sont créées par l'Homme avec 3m d'épaisseur de roseaux et autres racines flottantes qui remontent hors du lac lors de tremblements de terre. Une île a une durée de vie d'environ 50 à 60 ans. Elles sont accrochées à des poteaux pour éviter de dériver.
Quand on pose le pied dessus, on ressent bien le flottement de l'île et c'est une impression carrément relaxante.
Par contre, c'est un vrai parc d'attraction, rôdé au millimètre près. C'est le côté décevant de la chose ! Quelques locaux nous attendent à l'entrée de leur atole en chantant des chansons kitsch, en nous saluant grandement, mais sans oublier de réclamer la taxe. Chaque île est asservie par un bateau de touristes, et à peine descendus, on nous entraîne dans une démonstration de la fabrication de l'île, de leurs coutumes alimentaires et autres trucs "traditionnels". On nous déballe ensuite les marchandises, que l'on peut se sentir obligé d'acheter. Quelques bateaux rappelant des drakars en roseaux sont là pour appâter le chaland, et on peut rejoindre une seconde île en payant 5 ou 10 soles de plus. Je n'ai rien acheté ni payé pour faire de ce bateau qui, apparemment, n'est pas du tout traditionnel mais seulement conçu pour amuser les touristes. On nous emmène alors sur une 2e île, qui est en fait un grand marché à souvenirs. Mouais...
Cet endroit a un potentiel de malade tellement il est atypique, mais le circuit touristique le gâche bien. Nous reprenons le bateau pour 3h de traversée en direction de l'île Amantani.


L'île Amantani

Lorsqu'on arrive sur l'île, toutes les familles d'accueil nous attendent. Le guide nous présente notre Mama d'accueil, et quand tout le monde est placé, il faut prendre la route pour rejoindre la maison. Il faut monter, car l'île n'est que grimpette. Avec l'altitude, c'est assez éprouvant. Plus pour certains que pour d'autres, mais j'ai eu la chance de bien m'adapter. J'étais essouflée, bien sûr, mais pas trop. Les familles font des pauses régulièrement sur le chemin.
Avant d'arriver, le guide nous explique que sur l'île on ne parle que kechua, et nous donne une petite feuille avec du vocabulaire de survie. Il s'avère en fait que la majorité des familles parle espagnol et que notre Mama, Innocencia, le parlait très bien. 


Arrivés à la maison, la chambre à l'étage s'avère douillette (dans le sens péruvien du terme, cela va de soi). 4 lits, des petites fenêtres parfois sans vitres, un gros tas de couverture, et une "légère" inclinaison du sol. Ca fait parfaitement l'affaire, il est temps d'aller manger ! Chaque pièce est indépendante et la cuisine se trouve derrière le bloc contenant notre chambre. Je vous laisse contempler le lieu. 


Même si elle n'en a pas l'air comme ça, la cuisine est confortable, et les plats servis par Innocencia sont délicieux : soupe de quinoa, petits poissons séchés dans la cour, pommes de terre de mille espèces différentes... Impossible de tout manger tellement les portions sont grosses. Notre mère d'accueil, qui nous a confié avoir déjà mangé, et sa fille, quant à elles, dévorent et se resservent de pleines assiettes deux ou trois fois. Ok ... Elles doivent nous trouver tellement chétifs ! Nous avons proposé de faire la vaisselle, et c'est armés d'une petite bassine d'eau froide que nous avons découvert les nouvelles normes sanitaires en vigueur : on frotte un peu avec un truc qui fait presque mousser on rince dans l'eau de vaisselle et on laisse sécher ! Les angoissés de l'hygiène feraient mieux de s'abstenir... En tout cas, je peux vous affirmer qu'aucun d'entre nous n'a été malade par la suite, alors pas de chichis inutiles je vous prie !


Après le repas, il est déjà plus de 16h, nous retrouvons le groupe de visite et montons vers le sommet de l'île où se trouve le temple de la Pachatata, pour admirer le coucher du soleil. Rebelote, l'altitude nous écrase encore un peu. Mais le jeu en vaut la chandelle.


Les températures chutent. Il faut savoir qu'on passe de 20 à 5 degrés environ quand vient la nuit. Perdue dans toutes mes couches de vêtements (body - tee shirt à manches longues - polaire - gilet tricoté - vestes - foulard - écharpe en lama), je redescends jusque chez la Mama, dans le noir, sans me perdre ! Nous mangeons notre repas du soir : une nouvelle soupe de quinoa et un mélange de coquillettes, de pommes de terre, de riz et de légumes. C'est diététique le Pérou einh ? Le tout accompagné d'une tasse de muña pour digérer et alléger le mal d'altitude. Là encore, Innocencia et sa fille mangent 3 grosses bolées de nourriture en disant "moi quand j'ai faim, je mange !". Oui, ca oui, on ne dira pas le contraire !
A la fin du repas, notre Mama nous amène des costumes traditionnels. Elle m'aide à enfiler son combo chemisier-jupe et me donne un joli châle. Tout est fait par elle. Elle file d'ailleurs ses pelotes à longueur de journée avec sa toupie, quand elle marche dans l'île autant que quand elle attend, mais jamais dans la cuisine pour éviter les odeurs de fumée. C'est vraiment très impressionnant, cette précision dans les motifs ! Habillée comme ça, je comprends mieux pourquoi elles ont toutes l'air gros : j'avais gardé toutes mes couches de vêtement dessous, ce qu'elles font aussi. Forcément, ça épaissit ! Puis nous sommes partis à la salle des fêtes pour aller danser !

Ca c'est le côté un peu cirque qui recommence comme dans les îles Uros. Innocencia et toutes les autres Mamas nous apprennent la danse traditionnelle, en ronde. Et je peux vous dire que peu importe la musique, le rythme de ronde reste le même, sans aucune variante. C'est rigolo une fois, deux fois, mais au bout de la cinquième fois - surtout sur Baila baila la bamba - ça commence à être usant ! Nous sommes alors sortis admirer les étoiles. Car au Pérou,  elles sont bien plus brillantes que chez nous, et à 4000m d'altitude, c'est carrément indescriptible. On se sent beaucoup plus proche du ciel, et aucune lumière terrestre ne vient gâcher le spectacle. Je n'avais pas d'appareil photo capable d'immortaliser ce moment (avec l'iPhone faut pas rêver) alors j'en ai profité comme jamais. Un vrai moment ressourçant, malgré Baila baila la bamba en fond sonore... 

La nuit a été l'une des plus difficiles de ma vie ! Le froid mordant était partout dans la chambre et les toilettes ! Je ne vous en ai pas encore parlé ! Derrière la cuisine, dans le petit champ habité par un âne un peu bavard, se trouve un cabanon en taule orange (c'est pour bien le repérer de nuit?) contenant un petit puit en béton et un seau d'eau à côté. Voilà ! L'odeur y est très difficile et le confort, dans le froid, inexistant. Nous avons prié très fort pour ne pas avoir envie d'y aller pendant la nuit ! Le lit en pente m'a totalement désorientée et j'ai passé la nuit les muscles contractés accrochée au matelas pour ne pas rouler. Je pense que c'était une totale exagération mais mon corps ne voulait pas comprendre autre chose. Le froid, malgré les couvertures, était pénétrant. Nous avons dormi avec toutes nos couches de vêtements en plus mais ça n'a pas suffit. J'ai attendu vaillamment que le jour se lève, en écoutant les échos des ânes qui se répondaient d'un bout à l'autre de l'île. La nuit ne m'a jamais paru aussi longue dans ce noir total, et les heures se sont écoulées lentement. 
Le lendemain matin à 6h, il faut faire bonne figure au petit déjeuner, alors on fait croire qu'on a bien dormi ! Le petit déjeuner justement était une merveille de consolation : pancakes et confiture, avec une bonne infusion de coca. De quoi ragaillardir après une longue nuit d'angoisse ! 
Nous reprenons le bateau et voguons pendant une bonne heure vers l'île de Taquile. Tout est déjà oublié et il ne reste qu'un souvenir merveilleux de solitude un peu sauvage. 


L'île de Taquile

Une heure de grimpette dans cette magnifique île, un peu plus "civilisée" qu'Amantani. Pour le coup, il n'y a pas énormément de choses à dire dessus hormis que les paysages étaient vraiment merveilleux. Le sentier de balade fait le tour de toute l'île, avec de nombreuses marches mais une certaine tranquillité règne à Taquile, ce qui fait qu'on prend son temps, on respire à pleins poumons et on est heureux ! Je pense aussi que la nuit sur Amantani est pour beaucoup dans cette plénitude que j'ai pu ressentir. 


Nous passons par un village, connu pour son panneau indicateur montrant toutes les distances par rapport aux principales villes du monde. 


La balade se termine dans un petit restaurant, à flanc de montagne, avec une vue imprenable sur le lac. La nourriture délicieuse (même si la soupe de quinoa d'Innocencia vaut largement la leur) et ce paysage merveilleux ont été un grand moment de béatitude. Le groupe ne parlait plus, tout le monde admirait. 
Nous avons ensuite repris le bateau pour 3h de traversée jusqu'à Puno, la ville d'où nous venions. 



La traversée en solitaire

Les gens, épuisés par ce tour des îles, se sont tous écroulés sur le bateau. Je suis montée sur le toit, seule, avec la BO entière des Bêtes du Sud sauvage dans les oreilles et me suis évadée dans mes pensées. Si vous n'avez pas vu ce film, franchement, n'attendez plus. Il fait partie de mes préférés et a été ma découverte cinématographique la plus forte en émotion de l'année 2013. 
Malgré la crème solaire à indice 50, j'ai brûlé pendant ces 3h de rêverie. Oui le soleil tape fort à cette altitude... Mes avant-bras en portent encore la marque. 
Je n'arrive pas à vous partager la force de ce que j'ai ressenti, seule sur le toit de ce bateau, mais voici quelques photos, qui je l'espère, vous parleront. Et regardez ce bon dieu de film, vous comprendrez encore plus ! 

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7 comments:

  1. très belles photos en tout cas ! ça donne envie d'y aller :)

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  2. Tes photos sont si belles, et ton récit si dépaysant... Ça fait rêver!

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  4. Superbe article! Passer une nuit dans cette famille a du être vraiment dépaysant! Je pense que mon estomac n'aurait pas trop supporté la vaisselle faite de façon si rustique, mais ça a l'air vraiment super!

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  5. Magnifique article ! Ca fait rêver :) J'ai vraiment envie d'y aller maintenant !

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  6. Tu es parti en octobre au Pérou ?

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